Good Time

Désormais installés dans le giron du cinéma indépendant new-yorkais, les frères Safdie ont dû flairer le bon coup lorsque Robert Pattinson, séduit par leur deuxième film Mad Love in New-York, les appellent pour leur demander de figurer dans leur prochain film. Voilà désormais le résultat débarquer sur nos écrans après avoir fait grande sensation aux festivals cannois et deauvillois, bien qu’il en soit reparti doublement bredouille. On vous en a parlé dans les conseils, la semaine dernière, avec un grand enthousiasme auquel la vision du film n’a en rien défait. 

Quel est donc ce Good Time qui fait office de titre ? La promesse de passer un bon moment ? Assurément. Mais c’est surtout une occasion de se rappeler du « bon vieux temps ». Au départ, l’histoire peut sembler digne d’une série B: deux frangins fucked up organisent un braquage qui tourne mal: l’un est arrêté, l’autre va l’aider à s’évader. Sauf que les frères Safdie, vrais boulimiques cinéphiles, digèrent leurs influences éclectiques pour mieux en transcender leur oeuvre: ainsi, Good Time est à la fois l’hommage aux polars-noirs ney-yorkais des 70’s (tendance Al Pacino: Serpico ou Un Après-Midi de Chien) et aux saccades techno 90’s (style Cours Lola Cours).  Un mélange détonnant qui donne à ce film sa singularité et sa beauté (l’introduction est un hommage non dissimulé à Blade Runner).

Au milieu de tout ça, on sent que ce qui intéresse ces deux frères est moins leurs personnages que la ville dans laquelle ils agissent: l’un des réalisateurs se glisse d’ailleurs dans la peau du frère autiste, absent primordial du film mais élément principal du scénario. L’autre c’est bien évidemment sa star Robert Pattinson qui n’en finit plus de casser son image vampirique et qui trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, après avoir brillé chez James Gray ou David Cronenberg. Le regard halluciné, il traverse en courant, pied au plancher ou en fauteuil roulant une ville qui semble vivre uniquement la nuit, animé par les néons des enseignes comme des lumières aveuglantes des téléviseurs. Pour beaucoup, cette succession de plans serrés éclairés au néon sur une musique synthétique est devenue une caricature de ce qu’est le cinéma indie moderne. Mais c’est aussi sa grande force, sa marque de fabrique: lors des déambulation nocturnes de Pattinson, impossible de ne pas penser aux derniers Winding Refn ou à Spring Breakers (chef d’oeuvre totalement sous-estimé) qui mêlaient trip sous acide à une critique au vitriol.

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D’élogieuses critiques bien méritées

Ce véritable travail artistique transforme le film en un son et lumières éblouissant où se mêlent personnages hors-normes, montage nerveux, propos violents et fascination pour une ville underground dont les Safide se font les observateurs, pas des moralisateurs. En cela, le film trouve sa vraie force: cette course contre la montre offre de véritable moments de tensions, comme cette longue séquence dans un parc d’attractions, mais aussi des moments touchants comme ce final hanté par la voix rocailleuse d’Iggy Pop. Un mélange détonnant qui aurait pu vite tomber dans la caricature mais qui, grâce au talent fraternel, se croisent sans jamais s’entrechoquer. 

Si le film a reçu des avis mitigés à sa sortie en salles (contrairement à ses diffusions festivalières), l’on est pourtant face au meilleur film de cette rentrée qu’il faut absolument défendre même si l’on pressent qu’il aura un « succès » plutôt confidentiel. 

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