Twin Peaks – Saison 3: Something is missing…

Elle l’avait promis. Et elle a tenu parole, à quelques mois près. « I’ll see you again in 25 years » nous disait (à l’envers) Laura Palmer. 27 ans plus tard, le rêve se réalise enfin pour les fans. Reprendre l’histoire là où Lynch l’avait laissé en plan, le 10 juin 1991. Depuis, la série culte s’est érigée en pionnière du genre, celle qui a littéralement bouleversé le petit écran en en changeant les codes pour toujours. Deux saisons parfaites (aucun mot pour les décrire justement) et un film/préquel sous-estimé. Depuis, le néant. Si Lynch a continué a réaliser, tout le monde voulait savoir qu’est devenu Dale, ressorti de la mauvaise façon de la Black Lodge. C’est désormais chose faite, ou pas d’ailleurs. Cette troisième saison tant attendue a bouleversé nos espérances, en bien et en mal, mais toujours avec classe !

Une critique simple, longue mais nécessaire de la part d’un grand admirateur sans cesse tiraillé entre admiration et frustration. Où comment cette nouvelle version, aussi attendu que redouté a pu pousser le spectateur jusqu’aux limites de sa patience (et de son inconscient). On a essayé de réduire au plus simple, sans quoi il nous aurait fallu faire une dissertation de 90 pages !

170203_10_093_RGB(2).JPG
Le casting d’origine, 25 ans plus tard: surprise et désenchantements

 

Une suite nécessaire ?

Il y a tant de choses à dire que l’on ne sait pas où commencer ! On laissera le soin à d’autres de faire l’analyse fine de tous les éléments pour en extrapoler une signification forcément extraordinaire.

Is it future or is it past ? Cette question récurrente (vite devenue une nouvelle phrase culte) résume parfaitement l’état d’esprit de ce retour. A peine 2 minutes et déjà, Lynch brouille les pistes: les références habiles à Eraserhead (comme pour boucler la boucle) s’oppose à la radicalité de l’épisode. Ceux qui espéraient un remake doudou peuvent directement ranger leurs espoirs au placard. Du coup, on reste vite sceptique face à cette ouverture: si l’on est heureux de retrouver la patte si singulière du réalisateur de Lost Highway, il faut quand même supporter ces premiers épisodes d’une lenteur absolue, distillant une multitude de sous-intrigues (pas forcément toutes intéressantes) pour mieux perdre le spectateur (et de toute façon, ne pratiquement jamais les résoudre). La cause est de plus en plus grave quand au bout d’un tiers de la saison, on ne voit toujours pas où Lynch veut en venir car il n’y a même pas l’ébauche ou l’esquisse d’une histoire à peu près carrée et suivie. Comme sur le film Fire walk with Me, mais ici multipliée par dix, on a l’impression d’assister à un enchaînement de saynètes, sans queue ni tête, où Lynch se fait véritablement plaisir en mettant à l’écran ses cauchemars morbides mais néanmoins stylisés.

Un exemple parmi tant d’autres au Bang Bang Bar, mêlant mystico-musical

Lynch délocalise: à New York, Buenos Aires ou Paris. Il divise pour mieux régner, et surtout pour mieux nous perdre. Ainsi, le téléspectateur se sent comme le gardien de la mystérieuse boîte transparente du premier épisode: assis là, immobile, à attendre que quelque chose se passe. Une mise en abîme maline mais qui trouve vite ses limites: la performance très aléatoire des acteurs, le malaise amené par des silences pesant (et interminables), l‘absence quasi-scandaleuse des anciens persos mais surtout aucun avancement dans l’intrigue. On ne pourrait d’ailleurs pas vous faire de résumé simple et clair car il y a beaucoup trop d’éléments pour arriver à une synthèse claire et nette. On s’en contentera de la partie Kyle MacLachlan qui ressort 2 fois de la Black Lodge: son doppelganger, le mystérieux MR C (cheveux longs, pupilles noires, cuir) et un Cooper inerte que l’on prend pour Douglas Jones, un vendeur d’assurance a priori véreux.

Pourtant, tout avait bien commencé: l’hommage à la Log Lady, les nombreuses références au cinéma du réalisateur et cette scène au Bang Bang Bar (une bonne idée qui clôture chaque épisode) où la mélodie synth-pop très nostalgique des Chromatics (puis pêle-mêle, Nine Inch Nails, Moby ou Au Revoir Simone) nous faisaient entrevoir de nouveau Shelly et James, comme s’ils n’avaient jamais quitté le lieu. Une madeleine proustienne touchante qui nous faisait espérer le meilleur… Le reste est plus problématique: beaucoup ont (mal) vieilli et, outrage suprême, on transforme notre bien-aimé Dale Cooper en un Dougie apathique, pris pour le Forrest Gump du pauvre… Lui qui reste un des personnages les plus mythiques de la télévision, le voir tel un infirme hurler « HELLOOOOO » ou recracher son café avec un air absent est tout simplement désolant. 

Twin Peaks, odyssée de l’espace

rr-08960-r

Autant vous le dire franchement, cette première moitié de saison n’était pas franchement excitante et l’on a même pensé à plusieurs reprises à abandonner en cours de route. Et on ne doit pas être les seuls au vu des retours très mitigés. Mais nous n’étions pas prêts. Le coup de grâce a été asséné avec le huitième épisode: une performance hantée de Nine Inch Nails et surtout une demi-heure d’expérimentation vidéo psychotrope en forme d’hommage au final halluciné du 2001 de Kubrick. Là réside l’origine de Bob, le mal ancestral (via une sombre histoire de bombe atomique) mais aussi le génie de Lynch qui arrive à transformer un épisode durant lequel on s’attendait à s’ennuyer, en un véritable trip psyché et délirant, qui restera dans les annales de la télévision. Le réveil pour le spectateur ? Assurément, mais pas pour l’intrigue qui continue à faire du surplace. Les problèmes s’amplifient: les épisodes font le yoyo entre moments intenses et ennui abyssal, l’imposant casting (Monica Belluci, Tim Roth) fait plus office de caméo et la série ressemble plus à une énorme mise en place des éléments (à base de « quelque chose ne va pas », « quelque chose va se passer, je le sens » toutes les 5 minutes) vu que la moitié des intrigues sont déjà laissées à l’abandon. 

Il y a donc 2 faces (bonnes et mauvaises) dans ce Return: l’assurance, chaque semaine, de découvrir une nouvelle facette visuelle de Lynch qui bouscule et redéfinit les codes de la série télé; de l’autre la grande frustration de voir repoussé hebdomadairement, nos attentes fantasmagoriques quant au retour ou à la réunion de tel et tel personnage…

« Finally… »: la fin justifie les moyens

05peaks-master768

Episode 13: A contrario de Dale/Dougie (il faut suivre), Lynch (ou la série c’est selon) semble sorti de sa léthargie pour nous proposer une fin de saison digne de ce nom avec une ambiance qui rappelle vraiment l’ancien Twin Peaks entre scènes touchantes et éléments étranges, ce que l‘on attendait avec impatience depuis l’annonce de ce retour. Dommage qu’il ait fallu attendre le dernier tiers du récit pour enfin être comblé. C’est honorable mais bien trop tard, beaucoup ont déjà abandonné (au vu des audiences catastrophiques), de peur de ne plus revoir ce qui faisait le sel des épisodes originaux. 

C’est donc le dernier tiers qui vaut vraiment le détour: le retour d’anciens personnages avec des rôles consistants (on pense à James ou Shelly, même si Audrey reste la plus grande frustration de cette saison), des éléments lynchiens pour le coup bien gérés et surtout le réveil tant attendu de Dale Cooper. Cris de soulagement et de joie lorsqu’à son véritable retour, le thème principal retentit. Ça y est, on y est: le vrai et l’unique Twin Peaks recommence. Mais il est déjà trop tard, il ne reste plus que deux heures pour mettre un point final (?) à cette aventure, ce qui est peu quand on voit le nombre d’intrigues mis en place en étant laissé de côté en plein milieu de saison. Quand on revient aux fondamentaux, on est à l’épisode 16; c’est malheureusement vers le 9e que cela aurait dû se produire.

Mais à peine s’est-on remis de nos émotions que Lynch nous reperd avec un final déroutant ! Si le manchot Mike ouvrait la saison en demandant s’il s’agissait du passé ou du futur, cette question revient nous tarauder sur cet épilogue. Est-ce le début ou la fin ? Plus rien n’a de sens et c’est peut-être mieux comme ça. Qui est mort et qui est vivant ? Et surtout en quelle année sommes-nous ? On sent bien Lynch trépigner devant toutes les théories fumeuses des fans, essayant vainement de relier les éléments. Mais comme dirait l’autre, shut up and watch. Et c’est ce qu’on fait. Religieusement. Ultime moment de frustration: Lynch opère le plus rageant baisser de rideau sur une maison connue de tous… Le fin mot de l’histoire ? On ne le connaîtra surement pas: beaucoup de choses ont été mises en place durant ces 18 heures pour ne jamais être résolues. Faut-il voir ce retour comme une gigantesque version de travail, sur laquelle chaque spectateur pourrait faire son propre montage, piochant dans les éléments qu’il aime et pense nécessaire à l’intrigue ? Peut-être n’y a-t-il rien à comprendre. A part le fait, qu’il ne fallait rien attendre de ce retour et se laisser porter par les mystérieux détours qui mènent à cette désormais mythique petite ville de 51 101 habitants. 

Peut-être que lors d’un revisionnage tardif, nous aurons trouvé une clé qui nous ferait tout comprendre et réévaluer cette saison à sa juste valeur. C’est déjà bien parti puisqu’à regarder certaines séquences de nouveau, on est toujours époustouflé par le travail visuel et sonore. Mais pour l’instant c’est plutôt le sentiment mitigé qui nous traverse. Il n’en reste pas moins que derrière ces défauts évidents, David Lynch et Mark Frost nous ont offert un voyage unique et déroutant dont il faudra longtemps pour nous remettre. « What the fuck just happened » s’interroge un personnage inconnu dans le dernier épisode: une phrase qui aura résonné de nombreuses fois au cours de ces 18 épisodes éprouvants mais bluffants car jamais là où on les attendait. Un retour en demi-teinte donc, pas forcément raté ni génial mais un habile ascenseur émotionnel qui nous aura quand même tenu en haleine jusqu’à la dernière image forcément lourde de sens. 

Pour finir, on ne résiste pas à l’envie de vous (re)mettre le mythique générique et sa somptueuse musique:

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s