Baby Driver : la musique au service de la mise en scène

Edgar Wright ne m’a jamais déçue : entre Scott Pilgrim, Shaun of the Dead et Ant-Man,  j’ai toujours été agréablement surprise par le réalisateur. Il a une manière particulière de mêler action et humour, le genre de mélange que j’aime beaucoup car il m’empêche de prendre les choses trop trop au sérieux. C’est encore une fois ce qu’il s’est passé avec Baby Driver

Pourtant, j’ai eu quelques appréhensions. Je m’attendais à un film sur les bagnoles, un peu caricatural, rien de bien intéressant. Bon, évidemment que le film est caricatural : on parle du réalisateur qui a créée une comédie horrifique où cinq amis font la tournée des pubs dans leur ville d’enfance et réalisent que les personnes autour d’eux ne sont pas des gens très… normaux (Le dernier Pub avant la fin du monde). Mais dans Baby Driver, bien que les personnages soient pour la plupart des caricatures d’eux-mêmes (Griff, Darling et Bats sont des gangsters géniaux), non seulement c’est totalement assumé, mais en plus on s’en fiche !

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Il m’a suffit de 3 minutes pour me dire «Ok, je vais adorer ce film». Pourquoi ? La mise en scène est mélangée de manière géniale avec la musique ! Dès les premières minutes, on comprend la relation qu’entretient Baby (le protagoniste) avec elle, et la réalisation va jouer avec cela durant TOUT le film. Le personnage, qui a des problèmes d’audition (des acouphènes), est constamment avec ses écouteurs sur les oreilles. Mais il est également le personnage avec l’apparence la plus banale du film : les braqueurs ont un look démesurément caricatural (tatouages, veste en cuir, bijoux…), le grand patron en impose, même la serveuse du pub, Deborah, a un look bien à elle, très années 80. Le protagoniste, lui, est un jeune homme d’une vingtaine d’années avec une gueule d’ange, un sweat et un jean, qui donne l’impression que toutes ses actions quotidiennes sont totalement quelconques : on en voit un bon exemple dans la scène où il va acheter des boissons dans un café pour les ramener aux braqueurs à la fin de leur mission. Mais ce garçon est un génie de la conduite, ce qu’on voit dès les premières minutes du film. Finalement, c’est lui dont tous les personnages dépendent, c’est lui qui mène le plus à bien les missions, qui ne doit pas se foirer, qui est le cerveau. Aucun, même le personnage le plus exubérant, ne fait le poids face à lui. Et même s’il est coupé du monde par une forme de surdité, il ne perd pas une miette de ce qui se dit à côté de lui. Son allure nonchalante et ses pas conduits par le rythme de sa collection d’Ipods (en fonction de son humeur) font de lui un personnage fascinant plus que fasciné par le monde noir qui l’entoure. Ce sont les autres personnages qui sont en décalage avec lui, et non l’inverse.

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Cependant, c’est un personnage assez complexe car son «je-m’en-foutisme» n’est qu’une apparence : certes, il est indispensable pour mener à bien tout braquage et il le sait, mais il est également sous le joug d’un grand patron plutôt menaçant. La relation entre Baby et Doc est assez complexe à ce niveau-là, j’ai eu du mal à comprendre ce que le chef ressentait envers le personnage principal : est-ce qu’il le considère comme sa «patte de lapin» ou comme un fils ? Peut-être un peu les deux. Tandis que Doc a vraiment besoin de Baby pour mener à bien ses missions, Baby n’aime que conduire. Son rêve, c’est de s’enfuir de «ce monde-là» qu’on n’aperçoit qu’à travers ses yeux (on ne voit jamais les braquages, ou très peu). Ainsi, il est bien plus touché par ce qui l’entoure que ce qu’il voudrait faire paraître, car il voudrait s’en échapper. En plus de ne pas pouvoir s’évader, il entraîne la fille dont il va tomber amoureux, Deborah, dans ce monde qu’il n’aime pas. Son rêve de s’en aller en voiture est toujours présent, mais il souhaite désormais partir avec elle. J’ai eu un peu plus de mal à être vraiment touché par leur histoire d’amour (en plus du fait que je trouve Deborah un peu trop compréhensive), mais disons que c’est une bonne raison supplémentaire pour Baby de s’échapper.

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Je pense que ce que j’ai préféré dans ce film est le mélange entre folie visuelle et sonore. Tout est dicté par le rythme de la musique : le moindre mouvement de Baby est calculé, à la seconde près, par rapport au son qu’il est en train d’écouter. Dès ce moment-là, on rentre dans une histoire dont on ne peut plus se décrocher jusqu’au dénouement final. Ce qui m’a le plus marqué dans ce film est le plan séquence de la promenade nonchalante de Baby, dans les rues de la ville : un plan qui dure bien cinq minutes dans lequel évolue le personnage au rythme de la musique ! Chaque pas, chaque geste de Baby ou des passants est rythmé et chronométré, c’est une véritable chorégraphie qui rappelle les comédies musicales américaines. Il y a un rapport constant avec la musique, qui aide Baby à se détacher de son passé (écouter de la musique empêche d’entendre le sifflement constant de ses oreilles), mais qui l’emprisonne aussi dans celui-ci. Le son est évocateur de toute sa vie : du drame familial qu’il a vécu étant enfant, mais aussi de la surdité de son père adoptif dont il doit aujourd’hui prendre soin, et qui n’approuve pas ce qu’il fait. La musique est le filon de toute la mise en scène, de l’histoire, des autres personnages qui dépendent de son talent de conducteur. Il protège du monde et le rend surmontable et supportable. Même la scène finale est montée au rythme de Brighton Rock, de Queen ! La musique est l’élément omniscient de l’œuvre avec une trentaine de titres en un peu moins de 2h de film. Cette présence sonore peut rappeler, dans une moindre mesure, la scène de Shaun of the Dead où le titre Don’t stop me now (encore de Queen) se déclenche  lorsqu’ils affrontent des zombies : https://www.youtube.com/watch?v=W4tVH7BPb-Q

Pour bien illustrer tout cela, voici ce que dit Edgar Wright au sujet du rapport entre Baby et la musique :

«Il souffre d’un acouphène, un sifflement constant dans l’oreille causé par un accident de voiture survenu lorsqu’il était enfant […]. Pour noyer ce sifflement, il écoute donc de la musique. C’est une sorte de doudou qui tourne à l’obsession. Il doit littéralement mettre toute sa vie en musique parce qu’il est incapable de faire quoi que ce soit sans elle« . 

Il est très difficile de parler en détails de tout ce que j’ai aimé dans ce film, car ça pourrait prendre des heures et être (vraiment) trop long, et puis, je ne veux pas vous spoiler ! Au lieu de ça, je ne peux que vous conseiller d’aller voir Baby Driver au cinéma, et de me partager votre expérience.

Pour finir, voici la playlist entière du film, publiée par Télérama vodkaster, pour vous donner une idée de la bande-son et de l’ambiance générale du film ! N’hésitez pas à me donner votre avis !

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