[Be Kind Rewind]: Twin Peaks – Fire Walk With Me

En quelques semaines, il avait crée un phénomène. Le génial David Lynch, auréolé d’une palme d’or pour Sailor & Lula, débarquait sur le petit écran avec Twin Peaks, mêlant brillamment enquête policière, mysticisme et surréalisme. Deux extraordinaires saisons d’une série qui fût annulé par ABC, faute d’audience. Impossible donc pour Lynch de finir sa série. A moins que… S’il ne peut pas tourner une fin, il va prendre le chemin inverse et faire ce que l’on appelle aujourd’hui un préquel cinématographique qui suit Laura Palmer dans sa dernière semaine. Bide commercial à sa sortie (étonnamment sauf au Japon), hué à Cannes; le film traîne depuis une gênante réputation. Pourtant, il est l’un des films les plus brillants de son auteur car c’est celui qui synthétise le mieux les idées et caractéristiques lynchéennes. On vous raconte aujourd’hui l’histoire de ce film incompris et pourtant passionnant. 

– Attention, il est impératif d’avoir vu les 2 premières saisons de la série Twin Peaks, avant de voir le film, sans quoi l’identité du tueur de Laura Palmer, entre autre, vous sera spoilé –

Le film se divise donc en deux parties, inégales dans leur durée, mais tout autant passionnantes: une mystérieuse affaire dans l’Amérique profonde (35minutes) puis les tant attendus 7 derniers jours de la mythique Laura Palmer. En plus des acteurs de la série que Lynch fait revenir pour la plupart, il introduit de nouvelles têtes dont les chanteurs Chris Isaak et David Bowie et Kiefer Sutherland en agents du FBI. Une première partie qui se concentre sur l’enquête du meurtre de Theresa Banks (évoqué à maintes reprises dans la série). Teinté d’un humour absurde et de quelques fulgurances terrifiantes, ces deux grandes parties sont surtout prédominées par un sens de la mise en scène et du son absolument stupéfiant, passant du grésillement à une musique jazzy.

Twin Peaks - Der Film / Twin Peaks - Fire Walks with Me
Un visage connu pour un rôle inoubliable: Bowie chez Lynch = l’équation parfaite

En cela, Twin Peaks – Fire Walk with Me est certainement le film qui synthétise le mieux l’esprit et le visuel typique de Lynch: mêlant avec brio sursauts surréalistes (le fameux nain qui parle à l’envers, un gamin qui saute n’importe comment…) et véritable développement d’une histoire. La scène énigmatique où apparaît David Bowie marque ainsi un point de non-retour pour le film comme pour son réalisateur qui s’enfonce de plus en plus dans le mysticisme. Sans atteindre les délires visuels de Lost Highway ou d’Inland Empire, il arrive à trouver un juste milieu pour en sortir quelque chose de splendide. Sa ressortie au cinéma ce mois-ci nous montre véritablement à quel point il s’agit d’un chef d’oeuvre largement sous-estimé.

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« The night was all you have »

Et au milieu ? Laura Palmer… Elle aura déclenché les fantasmes des personnages et des téléspectateurs; figée dans l’écrin de la photo de bal qui clôt chaque épisode de la série. L’absente omniprésente des ces passionnantes trente heures d’enquête. Si certains peuvent reprocher une trop grande divulgation de ses dernières heures via des passages quelques peu forcés (l’apparition de certains personnages mythiques de la série est lourdement amenée); il n’en reste pas moins que tel un témoin impuissant au fait de l’inévitable destin tragique qui condamne la jeune Laura, on suit son parcours, teinté d’amertume et de fascination.

Sur grand écran, l’expérience est totale: la scène du bar et du meurtre sont traitées d’une telle violence, une telle dureté du propos, qu’elles suscitent l’admiration. Le travail sur le son étant encore une fois primordial, Lynch nous fait pénétrer un univers à la fois malsain, ténébreux et magique… A chaque vision, l’objet semble nous appartenir mais se dérobe. Et c’est à cela qu’on reconnaît les grands films. Inutile de prouver encore aujourd’hui l’immense talent de David Lynch, il est néanmoins primordial de reconsidérer ce prequel à sa juste valeur. Encore diffusé dans quelques salles parisiennes, vous dire de courir le (re)voir serait un doux euphémisme, l’ambiance de la salle obscure se prêtant parfaitement aux cauchemars de Laura Palmer et de la mythique Black Lodge.  

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