Jardins, Exposition au Grand Palais !

affiche-jardin

  • L’exposition se termine le 24 juillet, alors dépêchez vous !
  • Voilà les infos complètes ici !

* L’art et la nature *

L’art et la nature peuvent-ils être liés ? Tout deux sont des phénomènes qui évoluent au cours du temps, mais la nature se créée d’elle-même tandis que l’art est engendré par les mains de l’Homme. L’art n’est pas créée par la nature mais peut être une imitation de celle-ci, un moyen selon Aristote dans La Poétique de mieux connaître et comprendre la nature. Cependant, l’art n’est pas uniquement une copie réaliste de la nature car il s’agit pour les artistes de voir la nature selon leurs impressions et leur vision afin de constituer une œuvre par rapport à ce qu’ils voient et à leurs propres sentiments. Les œuvres représentant la nature sont faites à partir de différents matériaux, Matisse par exemple réalise Acanthes (1953) avec des papiers découpés et gouachés. La représentation de la nature en art n’est donc pas forcément une transcription qui se veut exacte, mais qui montre ce que l’œil de l’artiste voit ou ressent face à la nature.

«Une œuvre d’art est un coin de la création vu à travers un tempérament» – Zola

L’objectif de certains de ces artistes n’est pas seulement de montrer, mais de collecter des monceaux de feuilles ou de pollen par exemple, afin d’en faire une forme. Le Grand Palais s’intéresse également à l’évolution des jardins de l’Antiquité à nos jours, ce qui est intéressant car le jardin se situe entre la nature et l’Homme. En effet, selon la définition du Larousse, un jardin est «un espace aménagé pour la promenade ou le repos, dans un souci esthétique, et portant des pelouses, des parterres, des bosquets, des plans d’eau». Il s’agit donc d’un espace entouré de végétaux mais disposé par l’Homme d’une certaine manière, il y a donc une transformation qui a été faite. Pourtant, l’exposition se pose la question de la nature comme une forme indomptable : «le jardin, par nature changeant et éphémère, n’est-il pas l’objet par excellence d’une exposition impossible ?». Comme nous allons le voir, le jardin et le musée ont pour point commun leur transformation au cours du temps, leur évolution possible. Le jardin est ici vu comme un «miroir du monde» mais également plus généralement comme une promenade où chaque artiste présenté s’en inspire pour produire une œuvre d’art.

Ce sont les différentes matières collectées et utilisées qui nous montrent la construction des œuvres à partir de la nature : bois, verre, terre cuite… Le lien entre l’homme et la nature dans l’art nous apparaît donc évident. Les différents supports de l’exposition Jardins nous montre également que ce rapport entre les arts et la nature ne se trouve pas uniquement dans la peinture. En effet, il y a une photo de Richard Long à la fin de l’exposition, A Line made by walking, réalisée en 1967. L’artiste pratique le land art et réalise ainsi une transformation de l’environnement sur lequel il agit. Ses interventions sont le résultat de déplacements de l’homme et de la matière dans le paysage. C’est un parcours de l’environnement que l’on fait à travers lui car il veut mettre en avant une certaine perception du paysage. Pour lui, l’art est fait en arpentant les lieux et en les transformant : cette ligne qu’il a produit permet de délimiter le paysage en deux, mais aussi d’avoir un chemin ou un sentier à suivre lorsque l’on se promène. Cette œuvre est éphémère et ne peut pas être capturée dans un musée, c’est pourquoi Richard Long en garde une trace photographique, comme une forme de témoignage. Ainsi, pour l’artiste, l’homme sculpte en marchant. 

* Les Commissaires de l’Exposition *

Pour cette exposition, le commissariat est assuré par Laurent Le Bon, directeur du Musée Picasso, associé à Gilles Clément. Ce dernier est paysagiste, jardinier et écrivain. Dans ses ouvrages, il part du constat que le paysage naturel est en constante mobilité pour développer divers concepts, comme celui du jardin planétaire (concept développé dans Contribution à l’étude du Jardin Planétaire, 1995), la planète Terre comme jardin défini et limité pour laquelle l’humanité tiendrait le rôle de jardinier, un jardinier plus ou moins responsable. L’exposition est donc pour Gilles Clément un moyen d’illustrer sa pensée et d’en trouver un écho dans la pratique artistique et donc dans la culture commune. Le communiqué de presse du musée reprend d’ailleurs les termes du paysagiste, notamment lorsqu’il décrit le jardin comme un «espace clos en un monde de liberté et d’imagination». Le fait d’avoir engagé un paysagiste pour contribuer à l’élaboration de l’exposition semble donc être un des précieux atouts de Jardins.

*Une exposition où vous allez être immergés ! *

Le Grand Palais veut établir un lien fort entre jardin et musée. Le jardin est vu comme une forme d’art dont les créateurs sont les artistes. Cela se voit dans le choix des noms des parties de l’exposition : Promenades, Perspectives, Bosquets, Allées… et pose la question de la relation qu’entretient le musée et la nature : peut-on les mettre ensemble ? Le musée est-il figé et la nature changeante ? Pourtant, l’art comme la nature est soumis à des changements et l’exposition nous permet de découvrir ce qu’il s’est passé au fil des siècles, ainsi que l’évolution de la pensée par rapport à la représentation des paysages. Cette immersion dans la nature se fait par ce travail de collecte. Laurent Le Bon parle du jardin comme un monument vivant qui est impossible à exposer, mais Jardins veut justement surmonter cette contradiction et voir le jardin comme une forme d’œuvre d’art du domaine sensoriel. Et justement, presque tous les sens sont mis en avant. Une expérience réalisable grâce à un diffuseur de parfum encastré dans le mur. Mais le parfum crée par Quentin Bisch, parfumeur chez Givaudan, ne se diffuse pas dans la pièce, le visiteur doit se baisser et approcher au plus près son visage des petites encoches du mur. Dans cette extrémité de la salle, la fontaine de Jean-Michel Othoniel ne se fait plus entendre, et le fait de devoir s’approcher si près du diffuseur coupe le « regardeur » de toutes les œuvres qui l’entourent, l’expérience n’est donc pas totale, ni totalement immersive. Bien que l’initiative soit bonne, elle n’est pas assez aboutie pour créer une forme d’enivrement semblable à celle d’un réel jardin qui stimule simultanément l’ouïe, la vue et l’odorat.

Bien que l’on ne puisse pas parler d’immersion dans le jardin, l’exposition reste immersive grâce à l’utilisation de nombreux médiums : des herbiers, des peintures, des photographies, mais aussi des extraits de films (Shining, Le Parrain…) qui représentent le jardin selon plusieurs époques et pour différents usages. L’objectif de l’exposition est donc de figurer la nature, et l’on peut comprendre cela par les différentes citations présentes sur les murs comme celle de Jacques Delille : «Un jardin, à mes yeux, est un vaste tableau. Soyez peintre». Les photos, les peintures, mais aussi les images en mouvement et les verriers permettent de figurer et de fixer cette nature pourtant en perpétuel changement. De plus, le spectateur est comme un promeneur qui découvre, au bout d’un couloir ou d’une allée, un parterre de fleurs ou des haies bien taillées. C’est une représentation d’un art total qui mêle beaucoup de formes d’art et une promenade dans un jardin où «s’entremêlent l’histoire de l’art et celle des sciences. […], espace mis en scène et miroir du monde».

* L’intérêt pour les paysans *

Comme pour l’exposition de Pissarro dont on a parlé précédemment, le choix des sujets se fait dans les paysages et les scènes de la vie quotidienne, qui sont réinterprétés selon la vision de l’artiste. 

«L’art ne s’est occupé jusqu’à présent que des dieux, des héros et des saints ; il est temps qu’il s’occupe des simples mortels» – Proudhon, 1865

Les artistes veulent donc pouvoir faire et parler des œuvres sans avoir besoin de références extérieures, comme la mythologie par exemple. Le paysan est donc un thème très prisé par les deux expositions et mis en valeur : Le Vieux Jardinier d’Émile Claus (1887), par exemple, est mis en évidence grâce à son grand format. L’homme représenté est grand et robuste, et il est installé à côté de nombreux outils de jardiniers qui sont exposés plus haut en référence à ces relations similaires : le pinceau du peintre/les outils du jardinier. Ce jardinier est comme fixer sur l’instant, au moment où il rentre chez lui après un dur labeur. Le travail quotidien de la nature trouve donc, lui aussi, sa représentation

* Collecter la nature *

Dans l’émission de radio de France Culture, La Dispute, Arnaud Laporte et ses chroniqueurs soulèvent le fait que « les premières salles (se présentent) comme une forme de genèse qui rassemble les différents matériaux primaires ». Ceux-ci sont présentés dans un premier temps avec l’apparition de la terre comme dans Bibliothèque de terres/Loire de Koîchi Kurita, réalisé en 2017 : bibliothèque horizontale qui regroupe 400 prélèvements de terres aux nuances différentes rappelant la palette du peintre (image que l’on retrouvera à de nombreuses reprises dans l’exposition) et qui fait face à trois tableaux de Jean Dubuffet : Texturologie VII, 1957 ; Texturologie XLVI, 1958, tout deux sont des huiles sur toiles et portent donc plus sur l’agencement des couleurs dans la texture, tandis que la troisième Fruit de terre, 1960 s’affranchit de la planéité de la toile pour rendre l’effet spongieux de la terre grâce à l’usage de papier mâché. À la terre s’additionne par la suite le ciel nuageux représenté par John Constable dans son Étude de Nuage, réalisé dans les environs de l’année 1821. Cette superposition donne naturellement naissance à une profusion de plantes qui marque le lancement de la première moitié de l’exposition. Dans la seconde salle, on trouve des collections d’herbiers qui gardent la mémoire de jardins qui n’existent plus et en montrent de nouveaux. Des collectes et des études qui servent à l’élaboration de la flore comme de l’exposition.

* Collecter pour expliquer le temps qui passe *

Collecter a aussi pour objectif d’expliquer le temps. L’exposition Jardins commence en effet brièvement par l’Antiquité, mais c’est surtout la Renaissance qui est un point de départ aux jardins tels qu’ils nous sont montrés, c’est-à-dire beaucoup plus ouverts sur le monde en comparaison au Moyen-Âge. Il y a en effet de nouvelles plantes qui sont découvertes et qui changent complètement l’apparence des jardins. C’est un nouvel espace de création qui se créée. Pourtant, les œuvres présentées dans Jardins ne sont pas disposées chronologiquement, bien que la fin de l’exposition nous laisse voir les «jardins de demain». C’est aussi la raison pour laquelle on retrouve le nom de Gilles Clément, le jardin peut  ainsi être considéré comme le résultat d’une collecte puisqu’il s’agit d’un endroit construit par l’Homme à partir des éléments présents dans la nature. Cette exposition peut donc être vue comme un état des lieux des jardins actuels, et plus généralement de la nature. L’œuvre de Wolfgang LaibThe Mountains not to Climb On  (1990) devient la représentation parfaite de cette relation entre artiste et nature et plus généralement entre l’homme et sa planète, le premier doit protéger la fragilité due la seconde, tout en acceptant de se soumettre à sa puissance et l’accueillir avec la même humilité que Camille Pissarro, qui laissait la nature le submerger et devenir sa maîtresse.

* J’y vais ou j’y vais pas ?*

Il ne vous reste plus qu’un mois pour découvrir l’exposition, et honnêtement, vous ne devez pas la rater ! Les salles sont immersives, les thèmes sont intéressants, la nature est belle et bien présente… Pour profiter de l’été, rien de tel que d’admirer cette belle nature ! En plus elle vaut son prix d’entrée !

* Les Petits Bonus, parce qu’on est Généreux *

Pour cet article nous vous proposons nos sources ci-dessous ! Au passage nous vous invitons à nous corriger si besoin parce qu’on est pas parfaits (mais promis, on essaie !), à nous poser des questions mais aussi et surtout à nous partager vos avis et vos connaissances afin qu’on puisse s’en apporter mutuellement !

  • Communiqué d’exposition du Grand Palais : Jardins

Fragonard, Monet, Cézanne, Klimt, Picasso ou encore Matisse. Les plus grands artistes ont célébré le jardin et transformé, grâce à leur talent, cet espace clos en un monde de liberté et d’imagination. Ils ont ainsi donné naissance à certains des chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art. Le Grand Palais les réunit dans une exposition hors-norme, qui retrace, de la Renaissance à nos jours, six siècles de création autour du jardin. Peintures, sculptures, photographies, dessins, installations, environnements sonores et olfactifs nous entraînent dans un voyage immersif et poétique. Une promenade « jardiniste » unique qui fait résonner l’appel du printemps.

 

…..

. Article de FeatherOwl et Rolling Tongue

 

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