Alien Covenant, à deux doigts du ratage ?

On pouvait craindre le pire, et il y avait de quoi. Une bande-annonce peu folichonne, des critiques assassines et un prédécesseur controversé… Pourtant, cette nouvelle réitération de la saga Alien (par son propre créateur) est passée près de la catastrophe annoncé ici et là. Mais ce n’est pas la claque non plus…

Il y a 5 ans, Ridley Scott mettait sur pellicule un de ses rêves: revenir aux origines de la saga qui l’a mené au sommet. Cela donnera Prometheus ayant abattu son monde cinéphile à sa sortie, surtout après quelques épisodes pas fameux (Alien Resurrection, les AVP). Certes, Scott ne tenait pas ses promesses en dévoilant de fumeuses explications mais en réalisant un film créant un univers singulier. Aujourd’hui, on revient véritablement au xénomorphe avec cette énième suite (qui n’est pas la dernière selon Scott qui a des épisodes en réserves). L’histoire, très originale, est en quelque sorte un copié-collé de l’original: l’équipage d’un vaisseau, le signal d’une planète inconnue, l’œuf maléfique… et la suite que vous connaissez probablement. Il y avait donc de quoi attendre le pire au vu des premiers retours catastrophiques. Pourtant, Alien Convenant n’est pas un désastre.

Au contraire, il fournit des scènes intenses qui rythment parfaitement le film liées à une mise en scène caméra à l’épaule pour une fois astucieusement utilisée. En soi, tout cela marcherait parfaitement pour ce sixième opus (on préfère occulter les honteux Alien vs Predator). Sauf que derrière la caméra, c’est le cinéaste originel et c’est là que le bât blesse. Car au lieu d’opter pour quelque chose de visuellement prenant, Scott fait pêché de paresse en reprenant les grandes lignes du Huitième Passager sans en changer grand chose. Sauf qu’entre 1979 et 2017, les choses ont changé et Scott n’a pas l’air de s’en rendre compte. En cela, il reproduit les mêmes scènes que l’original sans comprendre que le vrai point fort du premier film était que l’on ne voyait jamais la créature alors qu’ici elle est présente jusque sur les affiches. Ironiquement, même 40 ans plus tard, le film-matrice de la saga est toujours aussi terrifiant (malgré quelques décors cheap) alors que celui-ci ne provoque jamais l’effroi. Là où la peur jouait sur l’absence du monstre dans le film de 1979 (procédé qu’avait aussi compris Spielberg pour ses Dents de la Mer), ici on a le droit à une trop grande exposition cassant de ce fait le possible effroi face à la bête. Comment avoir peur pour un ennemi dont on sait systématiquement où il est et comment il agit ? En cela, Scott ne cherche plus à réinventer Alien, mais juste à le singer tel une vulgaire série B d’exploitation. C’est pourtant tout le contraire qui se passait en 79 quand, par son talent, il transformait justement ce scénario quasi « nanardesque » en classique instantané de la science-fiction, hantant les cauchemars de générations entières.

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Comme dans l’injustement décrié Prometheus, Scott opte pour des questionnements métaphysiques sur le devenir de l’humain, la notion d’humanité face à des êtres robotiques et la création divine/humaine. Sauf que ces thématiques ne sont jamais profondément exploités préférant laisser la place à un film qui se transforme dans sa dernière demi-heure en un slasher classique culminant dans un final aussi prévisible que risible, en raison de la stupidité de tous les personnages (du jamais vu à ce niveau).

Avec tous ses arguments, on pourrait croire qu’Alien Covenant est un épisode de bien mauvaise facture. Mais il s’agit d’un Alien et l’on a toujours un peu d’indulgence pour ce qui reste une des plus grandes sagas SF aux côtés de Star Wars et Star Trek. Le film se laisse agréablement et reste tout de même sympathique. Ses explications tant attendues sur l’origine des Aliens sont tirées par les cheveux mais restent encore quelque peu plausibles. En réalité, on ne sait jamais sur quel pied danser devant cet objet un peu problématique: en le regardant avec ce qui a précédé, ce nouvel épisode a beau faire pâle figure, il reste tout de moins agréable, mais l’on reste énormément sur sa faim; car il y avait là vraiment matière à accoucher d’une vraie proposition excitante et intelligente… Malheureusement, sir Ridley en a décidé autrement et s’octroie un simple remplissage du cahier des charges façon « remake-hommage » comme le fût Star Wars: The Force Awakens. 

En cela, Scott aurait dû laisser sa saga chérie tranquille. Le cinéma se basant avant tout sur un principe d’imagination, tout fan de la saga s’était sa propre idée sur les origines du monstre, comme ceux de Star Wars avec Dark Vador. Ces films auront beau donner une explication à ces phénomènes de la pop culture, ils n’en reste pas moins qu’ils détruisent l’imaginaire de cinéphiles du monde entier en leur imposant un point de vue qui va forcément décevoir, au gré des attentes. Le space jokey, l’origine du xénomorphe, le vaisseau, les œufs: tout le monde frissonnait à la première vision et partageait ses théories sur le sujet.  Alien Convenant n’a beau pas être la déception clamée partout, il est au moins une bonne raison de revoir en boucle les films de Scott, Cameron et Fincher qui ont marqué d’une pierre blanche le cinéma de science-fiction avec un style singulier et inimitable.

 

(P.S: la moitié des plans du teaser ne sont pas dans le film…)

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