The Town & The City, Jack Kerouac

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« Il a dix-sept ans, on le voit revenir de la bibliothèque le soir, quelques livres sous le bras, ou se promener en solitaire à minuit, ou encore lisant assis à sa fenêtre après l’école, ou à boire un Coca au drugstore du coin dans une mélancolie préoccupée; mais, tout le temps, il hésite entre la vie et la mort, il titube à travers mille impressions d’horreur et de haine, il se voit maîtriser secrètement toutes les philosophies, les sectes, les factions et les cultes de centaines de livres, il vit les tourments de nombreux héros: Jean Valjean, le prince André Bolkonski, Anna Karénine, Greta Garbo, Byron, Tristan, Hedda Gabler »

Avec ce long paragraphe (composé d’une seule longue phrase, page 72) le roman prend un autre tournant. On se rend compte que l’on est en train de lire un véritable chef d’œuvre qui nous transporte dans un autre espace dont on ne voudrait pas sortir. Réédité en grande pompe, la première œuvre de Jack Kerouac (l’un des plus grands auteurs américains du 20e siècle) est un coup de maître. Un truc qu’on a pas vu débouler et qui a bouleversé la littérature, comportant déjà des marques de son style inimitable.D’abord traduit Avant La Route (titre peu judicieux et racoleur, on vous l’accorde), le premier roman de Kerouac rejaillit sous son nom original (The Town & The City). Une occasion immanquable de redécouvrir la genèse littéraire de Jack Kerouac et de la Beat Generation.

La famille décrite par Kerouac (qui, il ne s’en cache pas, est grosso modo la sienne) n’est pas dysfonctionnelle ou au contraire Bigger Than Life. Non c’est une famille simple avec ses soucis quotidiens, son lot de galères et de bonheurs. Et c’est autour de la mort de la figure patriarcale (en fin de roman, mais pas un spoil en soi car dévoilé dans le résumé) que s’articule le récit. Ce n’est pas ce dernier, au final simple fable familiale qui importe au final, le sel du roman tient dans sa description d’une autre époque d’un temps révolu. On y trouve ainsi les caractéristiques chères à son auteur et ce personnage de désaxé, double littéraire de Kerouac incitant au lecteur de prendre lui aussi la route. Décrivant avec brio la société américaine des années 1950, autant comme une époque de changements qu’une fatalité, Kerouac jongle habilement entre histoire de cœurs, drame familial et découverte littéraire (les personnages de la deuxième partie du roman sont des représentations de Ginserberg, Burroughs ou Allen…).

Ainsi cette notion de jonglage, de dichotomie entre deux époques et deux lieux est présente dès le titre où s’oppose The Town (la ville de Galloway dans le Massachussets, que Kerouac décrit avec une précision nostalgique) et The City (qui est celle de New-York dont l’arrivée est écrite avec un tel brio que cela rappelle le même épisode dans le célèbre Voyage au bout de la nuit de Céline). Avec la précision d’un tableau de Hopper, un disque de jazz dans les oreilles; on dévore le livre avec l’impression d’être directement en face des ces personnages aussi pittoresques que géniaux. Malgré quelques longueurs, le premier livre de Jack Kerouac est une véritable réussite dont le succès persistera avec les années.

Théau Berthelot

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