Rock en Seine 2016: édition caniculaire

Avec 4 annulations (dont celle houleuse des Eagles of Death Metal) et le potentiel risque d’attentat, la quatorzième édition de Rock en Seine était sérieusement compromise. C’est sous un soleil de plomb que le festival francilien, qui marque la fin de l’été, plie mais ne rompt pas. Récit d’un beau week-end qui a su satisfaire la majorité des 110 000 festivaliers.

Vendredi: Stars & Sun

IMG_2946
Slaves en grande forme

Comme l’année dernière, Rock en Seine se déroule sous une température caniculaire mais beaucoup de points d’eau et de brumisateurs ont été mis à disposition du public. La plupart du public viendra à la fraîche évitant les possibles insolations. Par conséquent, ce ne sont que quelques centaines de curieux qui se massent devant la petite scène Pression. En guise de sévère mise en bouche: SlavesLe duo anglais joue vite et très fort et se taille une grosse réputation live qu’ils viennent une nouvelle fois prouver ce soir. Certes, ça ne fait pas dans la finesse mais Slaves mitraille les premiers rangs de ses riffs garage-punk qui déchaînent un public totalement acquis à la cause, qui ne se calmera qu’au bout de la courte mais sensationnelle heure de set (qui se conclut sur un cinglant « Fuck Brexit »). Premier concert, premier coup de cœur pour ces esclaves furieux (mais qui incitent le public à se faire des câlins).

De l’autre côté du site, Bastille remplace au pied levé les Eagles of Death Metal, ce qui a l’air de réjouir les nombreux fans venus les acclamer. Malheureusement, le groupe propose un set assez oubliable malgré l’énergie de leur leader qui va prendre un bain de foule risqué. Les quelques inédits interprétés ainsi qu’une improbable reprise du tube house This is the Rythm of the Night, sont les rares titres qui procurent un mince intérêt. Au même moment, les légendaires psyché-rock de Brian Jonestown Massacre (20 ans au compteur), offre une performance ennuyeuse autant pour le public que le groupe, malgré quelques tentatives musicales intéressantes. Non loin, l’ambiance est tout autre avec Damian « Jr Gong » Marley, fils de Bob qui offre une reggae caricatural (drapeau jamaïcain, propagande de la marijuana) mais très sympathique.

IMG_3005
The Last Sh(ad)ow Puppets

Le soleil tombe, la température aussi lorsque Two Door Cinema Club monte sur la grande scène. Très attendu (surtout par nous), le trio nord-irlandais n’a en rien déçu. En une petite heure, le groupe offre une prestation sobre mais diablement efficace emmené par des hymnes électro-pop (inoubliables Undercover Martyn et What You Know) qui ont littéralement transcendé la foule. Les nouveaux titres, gorgés de basses funky, n’augure que du bon pour leur troisième disque prévu pour octobre. Two Door Cinema Club se classe sans difficulté comme le meilleur concert du week-end.

Pour être honnête, on attendait de la grosse tête d’affiche du soir, un set nombriliste et prétentieux. Que nenni ! Les Last Shadow Puppets (surtout Alex Turner) ont fait le show pour le dernier concert de la tournée, voire du groupe. En 1h30, le duo Turner-Kane balaie son répertoire, accompagné d’un quatuor de cordes, entre titres forts d’Everything You’ve Come To Expect et reprises (dont Les Cactus de Dutronc, grand moment très attendu du concert). Assez émouvant dans ce final, le groupe a offert une prestation plus que grandiose aux yeux des milliers de fans qui ont squatté les premiers rangs.

Samedi: up-tempos

Le samedi sera la journée la plus blindée du week-end. A l’entrée, c’est une gigantesque queue non gérée qui nous fera rater le début des Casseurs Flowters. Au vu de l’impressionnante foule massée devant la Cascade, Orelsan et Gringe ne sont plus le duo tâche de la programmation. Toujours aussi efficace, le set est toutefois moins réussi qu’il y a deux ans, en raison du trop grand nombres de rap lents issus de leur film Comment c’est loin. Le gros bordel final aura acquis le public à la cause.

A peine fini, les premiers riffs de Bring Me The Horizon résonnent très fort. Du metal core par 35 degrés ? Sans façon, surtout quand ça se résume à des pogos poussiéreux, des fuck toutes les dix secondes et une batterie hystérique. Passons…

La chance est du côté de La Femme ce soir: décalée sur un plus grande scène (remplaçant de ce fait Sharon Jones) et évitant la concurrence de Massive Attack, la joyeuse troupe fait face à une foule gigantesque venue les acclamer. Sur scène, la sensation parisienne présente beaucoup de nouveaux titres (hymnes à Strasbourg Saint-Denis ou aux mycoses) prouvant qu’ils n’ont rien perdu de leur côté décalé et unique dans le décor de la pop française. Les stage diving se multiplient et le public adhère en masse surtout lors du final Sur la Planche / Antitaxi

Sur l’industrie, les revenantes de L7 assurent le job comme il faut. On est trop loin pour voir si elles tiennent encore le coup physiquement mais musicalement, la sauce grunge semble encore prendre à la tombée de la nuit.

IMG_3038
Sigur Ros, ou le bluff visuel et sonore

Le prix de la mise en scène est décerné à Sigur Ros. Programmé à la nuit tombée, les trois islandais ont sublimé la scène de la Cascade avec un décor brillant (le trio évolue au travers de cette structure métallique) et des projections éblouissantes… Si leur musique n’est pas adaptés aux pogos et autres slams, elle reste planante et nous incite à un voyage spirituel au pays de Björk et le public reste littéralement bouche bée devant cette magnifique performance, le qualifiant vite de concert du week-end.

A côté, Massive Attack fait pâle figure. La tête d’affiche de cet édition, que l’on attendait impatiemment, offre un set plus que mitigé. La setlist, bien qu’efficace sur le papier, a du mal à prendre en live, notamment à cause de trop longues pauses entre les morceaux cassant lourdement l’ambiance; ainsi que d’incessants messages sur les migrants, le destin funeste du monde… C’est avec Inertia Creeps (et son fameux déluge de news – sur Sarkozy, Lactalis ou la canicule- accueillis avec plus ou moins d’enthousiasme) que le set démarre vraiment. Manque de pot il ne reste plus qu’une petite demie-heure et ce n’est pas l’arrivée surprise de Tricky (pour un duo complètement à côté de la plaque) qui arrange les choses. On trouvera néanmoins satisfaction avec Safe From Harm et l’excellent Unfinished Sympathy en final d’une performance très moyenne dont on attendait peut-être beaucoup trop.

Dimanche: final doux

IMG_3092
CHVRCHES, la sensation finale du dimanche

Enfin un dimanche plus posée s’offre à nous, grâce à un temps plus respirable. A ce que l’on a pu entendre Sum 41 (d’autres revenants) ont fait revivre les années 90, avec beaucoup de bruits et de tubes. Entendu de loin aussi, les belges de Ghinzu ont fait tremblé la Cascade, avec un public conquis d’avance.

Mais notre vraie attente de la journée, c’est bien évidemment les écossais de CHVRCHES. Malheureusement, peu de supporters sont venus les acclamer, RES ayant eu la mauvaise idée de les programmer en même temps que le mythique Iggy Pop. Pas grave puisque CHVRCHES touche les cieux. Blaguant sur l’iguane dont le son recouvre tout le site (« Baisse un peu le son Iggy, au moins je suis habillée de la tête au pied » lance la chanteuse amusée), le trio offre une prestation divine à leur image. Pour eux aussi, il s’agit du dernier show de leur tournée mais l’énergie est telle qu’il pourrait tout autant s’agir du premier. Un vrai voyage electro pop, beau, sensible et touchant qui enchaîne sans temps mort les pépites du groupe. On aurait signé pour une nouvelle heure sans problème.

Par chance, on arrive à assister au dernier quart d’heure de l’iguane. Les trois seuls morceaux que l’on a vu nous ont confirmé le vrai statut de bête de scène d’Iggy Pop qui, à 69 ans, s’éclate comme s’il en avait que 25. On l’aurait bien vu en clôture, mais les programmateurs en ont décidé autrement.

En guise de doux final, Cassius offre sa french touch sur un décor exotique et multicolore, enchaînant I Love You So et Toop Toop pour le plus grand plaisir des festivaliers. Après dix ans d’absence, Cassius effectue un beau retour ainsi qu’un impeccable finish pour ce week-end (tandis que nombreux iront voir Foals qui conclut sur la Grande Scène). 

L’année dernière, on avait découvert le festival francilien avec les excellentes prestations d’Etienne Daho, alt-J ou Jamie XX. 2016 sera l’année de la confirmation pour Rock en Seine, festival qui sait renouveler son public, convier petits groupes et grosses têtes d’affiche et multiplier les très bons sets pour une belle ambiance de fin d’été. 

 

Publicités

Une réflexion sur “Rock en Seine 2016: édition caniculaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s